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La dysphasie chez l’enfant

 

L’acquisition du langage oral est un processus quasi magique qui émerveille toujours l’entourage de l’enfant qui grandit. En 5 ans, le bébé qui nait sans communication efficace avec son entourage devient un être parlant, avec un langage quasi-adulte. Il peut alors demander, argumenter, raconter, comprendre, écouter, exprimer ses émotions.

Certains enfants (moins de 1%), ne développent pas cet outil pourtant indispensable pour une bonne intégration dans notre société. Malgré leurs capacités normales dans les autres domaines, ou quasi normales (voir la suite, dans les troubles associés), ces enfants ne parviennent pas à utiliser le langage pour s’exprimer ou pour comprendre. Ces enfants souffrent de dysphasie. La dysphasie fait partie des troubles dys, ou troubles des apprentissages, comme les appelle le DSM 5, manuel de diagnostic et de statistique des troubles mentaux, référence dans la littérature internationale.

 
 

Mais, la dysphasie, qu’est-ce que c’est ?

La dysphasie est un trouble sévère, spécifique et persistant du langage.

Ce trouble est sévère car le décalage avec les enfants sans trouble est important et interfère avec la vie quotidienne et scolaire de l’enfant.

Il est spécifique car il ne touche que le langage, ou tout au moins, le langage de manière prédominante. Par ailleurs, ce trouble n’est pas secondaire à une autre pathologie, de type déficience intellectuelle, surdité, lésion neurologique, troubles du spectre autistique, syndrome neurogénétique (dont le plus connu est sans nul doute la trisomie 21).

Ce trouble est persistant car malgré des progrès certains, la dysphasie perdurera bien après l’enfance.

La dysphasie est plurielle. Elle peut toucher tous les domaines du langage mais chaque enfant est particulier et elle peut être plus ou moins sévère. Par ailleurs, le langage va évoluer avec le développement de l’enfant et la dysphasie changera de visage au cours de la vie de l’enfant puis de l’adolescent et enfin de l’adulte.

 
 

Comment se manifeste-t-elle ?

La dysphasie peut toucher tous les domaines du langage :

 

La phonologie et l’articulation, qui concernent la mise en sons du langage

Ainsi, l’enfant dysphasique va souvent mettre plus de temps pour acquérir tous les sons du langage, et parfois, même des sons qui sont facilement acquis par les enfants sans trouble, comme les voyelles. Certains sons, qui sont les plus difficiles à acquérir par les enfants ordinaires, seront longtemps déformés par les enfants dysphasiques. Lorsque le son ne peut pas être produit par l’enfant, celui-ci le remplace par un son proche ou alors l’omet. Ainsi, un enfant qui ne sait pas dire le /g/, dira /dato/ ou alors /ato/ pour « gâteau ». C’est ce qu’on appelle un trouble articulatoire, lorsqu’un enfant ne prononce pas correctement un son alors qu’à son âge, cela devrait être possible.

Très fréquemment, les enfants dysphasiques souffrent aussi de troubles phonologiques : bien qu’ils sachent prononcer tous les sons d’un mot isolément, les sons dans le mot sont mal produits. C’est la même chose que lorsque des petits n’arrivent pas à prononcer le mot « spectacle » alors qu’ils savent très bien produire /s/, /p/, /k/, /t/ et /l/ ainsi que les voyelles de ce mot. Le trouble phonologique peut être instable : les mots prononcés d’une manière à un moment ne le sont plus de la même manière à un autre moment. Souvent, la répétition ne les aide pas : ainsi, si on fait répéter l’enfant, il le répète déformé de la même manière, voire avec des déformations plus importantes.

Ces troubles (articulatoire et phonologique) sont souvent très présents et gênent, ce qu’on appelle l’intelligibilité, c’est-à-dire la capacité à transmettre un message à l’oral. On a alors du mal à les comprendre, et cela peut persister longtemps.

 

Le vocabulaire, celui qu’on comprend, celui qu’on exprime

Un enfant dysphasique dit généralement ses premiers mots beaucoup plus tard que la moyenne des enfants non dysphasiques : 23 mois contre 12 en moyenne. Par la suite, il va développer beaucoup plus son vocabulaire des noms que des verbes. Il comprendra moins de mots que les enfants de son âge et en exprimera beaucoup moins. Il sera moins précis dans les termes qu’il emploiera.

Un trouble très invalidant peut affecter le vocabulaire. Il s’agit du trouble d’évocation lexicale. Les enfants atteints de ce trouble connaissent les mots mais ne les retrouvent pas au moment où ils en ont besoin, un peu comme le phénomène du mot sur le bout de la langue. Cependant, lorsqu’on souffre d’un trouble de l’évocation lexicale, cette situation est très fréquente et handicapante. Les enfants cherchent souvent leurs mots, font donc des pauses quand ils parlent, remplacent par des mots au sens proche, donnent des définitions des mots qu’ils cherchent. Ils sont souvent conscients que les mots qu’ils ont mis à la place ne sont pas les bons. Ainsi, devant une image de parapluie qu’on leur demande dénommer, ils peuvent dire : «ah, oui, ça, c’est un truc, on le prend, il pleut dehors. C’est un parasol… non, pas un parasol. C’est un pa… un para …. Oh, je sais plus…. Ah si, un parapluie. »

 

La morphosyntaxe, qui est la mise en phrases

La morphosyntaxe concerne aussi tout ce qui a trait à la conjugaison et à l’utilisation de tous les petits mots fonctionnels, comme les déterminants, les pronoms, et…. Comme pour le vocabulaire, elle concerne la compréhension ou l’expression.

La production de phrases apparaîtra plus tardivement chez les enfants dysphasiques. Ainsi, les enfants ordinaires commencent à combiner des mots vers 18 mois- 2 ans alors que chez les enfants dysphasiques, cela apparaîtra plutôt vers 3 ans, voire au-delà. Par la suite, lorsqu’ils vont commencer à faire des phrases, les erreurs seront nombreuses. Elles concerneront par exemple les déterminants qui seront omis (« maman mange fraise ») parfois ou alors dont le genre ne sera pas le bon (« le carotte »), les pronoms (omission ou confusion de genre), les prépositions (omission ou confusion), les verbes qui ne seront pas conjugués ou alors toujours au présent, …

La compréhension peut être aussi altérée. Dans ce cas, les enfants dysphasiques ont du mal à comprendre certaines structures de phrases, comme les négatives pour les plus jeunes ou les phrases relatives pour les plus âgés. Ils prennent alors souvent appui sur le contexte pour essayer de comprendre, ce qui fera parfois illusion. Ainsi, des phrases longues et/ou complexes peuvent être interprétées correctement car l’enfant aura saisi tous les indices présents. « Peux-tu reboucher le feutre bleu qui est sous la table ? » Si on ne comprend que « reboucher », et qu’il n’y a qu’un seul feutre à reboucher qui est sous la table, alors on réalise l’ordre correctement.

 

Le récit

Jusqu’à un âge tardif, les enfants dysphasiques ont des difficultés importantes pour construire un récit de manière cohérente, sans aide. Ils ont tendance à considérer le contexte comme partagé par la personne qui les écoute et ainsi, ne pas préciser, par exemple, qui sont les personnages ou les lieux. Longtemps, ils ont besoin d’une tierce personne pour les aider à raconter un événement qu’ils ont vécu et ces difficultés seront majorées, s’ils n’ont pas vécu le récit (raconter une histoire lue par exemple).

Toutes les difficultés décrites peuvent être encore plus importantes dans certaines situations. Des aspects maîtrisés comme certains sons ou certaines structures de phrase ne seront pas employés en cas de vive émotion ou en cas de fatigue. En effet, parler est pour ces enfants une situation d’effort extrême qu’il est difficile de maintenir toute une journée ou lorsqu’il faut gérer un stress. Il n’est pas question alors de penser que l’enfant fait exprès et n’est pas concentré.

Un enfant dysphasique n’aura pas toutes ces manifestations. Certains auront surtout un trouble de la compréhension, ce sera la dysphasie réceptive qui se traduit surtout par : un vocabulaire compris de très faible niveau et des difficultés de compréhension d’énoncés, même courts.

Certains auront surtout une atteinte de l’expression, ce sera alors une dysphasie expressive, qui se traduira par : des troubles articulatoire et phonologique, un éventuel trouble de l’évocation lexicale et un trouble syntaxique expressif.

Et enfin, le DSM 51 reconnait l’existence d’un trouble phonologique isolé où les autres sphères du langage (vocabulaire, syntaxe) sont relativement préservées alors que la phonologie est atteinte.

Lire la suite

1 Cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux

Fany Wavreille

Fany Wavreille

Orthophoniste

Après plus de 10 ans en centre de référence des troubles des apprentissages, je travaille aujourd’hui dans au CRESN à Noisy le Grand (93), qui accueille à la fois des enfants sourds et des enfants dysphasiques.

Je suis également formatrice : je propose des formations pour les orthophonistes en formation continue.

Je donne des cours à des étudiantes en orthophonie à la faculté d’Amiens.

Je suis maître de stage, maître de mémoire et je participe régulièrement à des jurys de mémoires de 4e année.

Mon blog plutôt destiné aux professionnels mais avec une rubrique pour les parents : fany.eklablog.com.

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